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La BCEAO relève ses taux directeurs : Quelles conséquences pour l'Union ?

Dernière mise à jour : 14 déc. 2023



Le Comité de politique monétaire (CPM) de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) a décidé de relever de 25 points de base, les taux directeurs de la Banque centrale, à compter du 16 décembre 2023. Lejecos interroge, pour vous, M. Babacar Sène, Professeur d’économie à l’UCAD, pour voir plus clair sur les conséquences du relèvement des taux directeurs de la BCEAO, à la fois sur les agents économiques et la croissance de l’UEMOA.


La Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) a encore décidé d’augmenter ses taux directeurs. La décision a été prise lors de la quatrième et dernière réunion de l’année 2023, de son Comité de politique monétaire (CPM), tenue le 6 décembre dernier. Une décision qui va impacter   la performance des États, des entreprises et des ménages au sein de l’Union économique et monétaire Ouest africaine (UEMOA), si l’on sait que les banques commerciales vont se refinancer, auprès de la BCEAO, avec un taux plus élevé.


L’économie mondiale a traversé des périodes assez dures, notamment, avec la Covid-19 mais aussi la guerre en Ukraine, qui continue jusqu’à présent. Durant la Covid-19, le professeur Babacar Sène de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD) rappelle que les banques centrales sont intervenues en injectant beaucoup de liquidités dans les économies, et en baissant considérablement les taux directeurs. Ce qui a fait que la monnaie en circulation est devenue de plus en plus importante.


A l’en croire, les Etats aussi sont intervenus avec des politiques budgétaires très actives pour lutter contre la pandémie avec les dépenses d’urgence, les fermetures de frontières, la baisse des fiscalités entre autres. Il fallait trouver, selon lui, des financements pour lutter contre la Covid-19.


Dans le même sillage, le professeur titulaire des universités et directeur des études et des statistiques de la FASEGde l’UCAD rappelle que la guerre en Ukraine est venue aussi compliquer les choses, avec la rupture des circuits d’approvisionnement qui a créé de l’inflation à l’échelle mondiale.


Resserrement des politiques monétaires


Pr. Sène qui intervient également au niveau du Laboratoire de finances pour le développement (LAFIDEV) souligne qu’il fallait que les banques centrales, à un certain moment, changent leur paradigme par rapport à ce qui s’est passé avec la Covid-19 et la guerre en Ukraine, en normalisant leurs politiques monétaires par le durcissement des conditions de financement via la hausse des taux directeurs.


« La banque centrale s’est engagée dans la même dynamique en poursuivant sa politique de resserrement, pour maintenir cette tendance baissière, afin d’atteindre la cible d’inflation », explique-t-il. « N’oublions pas que l’objectif principal de la politique monétaire au niveau de la banque centrale est la stabilité des prix. Donc le taux d’inflation doit être autour de 2%; plus ou moins 1%. « La décision du Comité de politique monétaire est également liée à la contrainte extérieure », argue le professeur à la Faculté des sciences économiques et de gestion (FASEG) de l’Université Cheikh Anta Diop .


Les banques commerciales, premières impactées


La hausse des taux directeurs de la BCEAO ne sera pas sans conséquences. Et ce sont les banques commerciales qui en seront les premières victimes à cause du coût du crédit qui sera aussi en hausse au guichet de refinancement de la banque centrale.


C’est à partir des liquidités qu’elles obtiennent auprès de la banque centrale que les banques commerciales font des prêts, achètent des titres etc. C’est pourquoi l’augmentation des taux directeurs aura un impact sur les coûts de crédits qui deviennent du coup, plus chers pour les entreprises, les ménages et les États. M. Sène ajoute que cela a des conséquences sur la performance des entreprises et sur les investissements publics comme privés.


Concernant les titres publics, l’économiste souligne par ailleurs, qu’une hausse des taux directeurs aura forcément un impact sur les rendements des Bons et obligations du trésor.  Autrement dit, les Etats vont s’endetter à des coûts plus élevés aux prochaines adjudications de Umoa-Titres et aux prochaines émissions sur le marché de la Bourse des valeurs mobilières (BRVM).


Cette augmentation du coût du crédit par la BCEAO peut avoir aussi un effet sur le service de la dette. « On pourra également constater, sur le marché financier, des phénomènes de fuite », renchérit le professeur Babacar Sène.  En effet,  explique-t-il, compte tenu du fait que les obligations deviennent plus rémunératrices que les actions, les investisseurs auront tendance à quitter leurs portefeuilles actions pour aller vers des portefeuilles obligataires, avec ce qu’on appelle un équilibrage de portefeuilles. Le niveau de liquidité des banques commerciales semble aussi être un élément clé pour l’efficacité de la transmission des taux directeurs aux taux débiteurs appliqués par les banques.


La croissance économique en question


Le gouverneur de la BCEAO Jean-Claude Kassi Brou a souligné le 6 décembre 2023 face aux journalistes, que l’activité économique au sein de l’UEMOA a maintenu sa dynamique de progression au troisième trimestre 2023, laissant augurer pour l’ensemble de l’année, une croissance économique projetée à 5,7%. Cependant, la lutte contre l’inflation provoque une hausse des coûts de crédits, avec le relèvement des taux directeurs de la banque centrale. Cela pourrait impacter « négativement »   les investissements et la performance des entreprises et par conséquent, sur le niveau de croissance économique.


Mais, le professeur précise, dans la foulée, que la concurrence bancaire qui existe au niveau de l’Union économique et monétaire Ouest africaine peut, aussi, atténuer les effets sur la croissance. Selon lui, la banque centrale arbitre entre l’inflation et la croissance. Même si l’on sait que l’objectif est la stabilité des prix d’abord et la croissance arrive après.


Mais le rôle que jouent les banques commerciales, avec notamment la concurrence, peut faire de sorte que les effets du relèvement des taux directeurs soient mitigés, ne provoquant pas ainsi une forte baisse de la croissance économique par rapport aux prévisions.



Article initialement publié dans Lejecos

Par Bassirou MBAYE



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